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Abstract:
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C’est dans la deuxième moitié du xixe siècle que les approches et les domaines respectifs des sciences de la nature et des sciences de la culture ont fini d’être délimités. Ils l’ont été en théorie, par le développement des travaux épistémologiques mettant l’accent sur les différences de méthode entre les deux champs d’étude ; et ils l’ont été en pratique, par la mise au point de l’organisation cloisonnée des universités et des institutions de recherche telles que nous la connaissons à présent. Comme dans tout processus de spécialisation, ce partage des compétences a eu des effets positifs en ce qu’il a concentré au sein de communautés savantes des savoir-faire et des habitudes de pensée, des systèmes de qualification, des moyens de travail et des dispositifs d’évaluation communs, démultipliant ainsi les conditions de production des savoirs. Toutefois, cette division institutionnelle renforcée entre les sciences et les humanités a aussi eu pour conséquence de rendre bien plus difficile la compréhension des situations d’interface entre phénomènes matériels et phénomènes moraux. Des sciences qui s’étaient fixé comme objet les rapports entre les dimensions physiques et les dimensions culturelles des activités humaines – la géographie, la psychologie ou l’éthologie, par exemple – se sont finalement retrouvées scindées à l’intérieur d’elles-mêmes entre les partisans de l’une ou l’autre approche, chacun finissant par se résoudre à un divorce, à l’amiable dans le meilleur des cas.
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